Bonjour Banane

La danse des courbes dorées

Banane contorsionniste du Cirque du Soleil, s’exhibe en jaune éclatant sur une scène neutre, flirtant avec l’abstrait.

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Il est des images qui ne se regardent pas : elles se respirent. Celle-ci en fait partie. Si l’image avait une voix, elle dirait ceci : « Banane contorsionniste du Cirque du Soleil, s’exhibe en jaune éclatant sur une scène neutre, flirtant avec l’abstrait. » La banane, ici, n’est qu’un prétexte, un seuil.

On devine, derrière le fruit, la trace d’un paysage qui n’existe que pour lui. Les lignes fuient, les ombres s’étirent, la perspective se plie au bon vouloir du songe. C’est une géographie du sentiment plus que du monde, une carte dessinée par quelqu’un qui aurait oublié où il allait, mais pas pourquoi.

Il y a dans cette composition une patience de vieille pierre. Le temps semble s’être assis là, en silence, pour regarder le fruit comme on regarde une braise. Chaque détail paraît avoir attendu des siècles son instant, et cet instant, c’est maintenant, dans la lumière basse d’une fin de jour qui ne finit jamais.

Ce qui frappe, à la longue, c’est la tendresse de la lumière pour son sujet. Elle ne cherche pas à flatter ; elle cherche à comprendre. Elle épouse les courbes, s’attarde aux creux, respecte les ombres comme on respecte un silence pendant une confidence. Sous cet éclairage, le fruit le plus banal du monde acquiert une gravité d’icône, et l’on se surprend à lui prêter une pensée, un passé, peut-être même une forme de patience face à tout ce qui, autour de lui, s’agite et s’efface.

Demain, une autre image prendra sa place. Mais celle-ci, discrètement, aura laissé une empreinte, comme un parfum sur un vêtement rangé.


Bonjour Banane