C’est une image faite pour être regardée à deux, la joue contre l’épaule. La légende se lit à voix basse : « Drapée en or, la courbe des rêves exhale un parfum de sourire, vibrant dans le murmure des feuilles folles, promesse d’une douce morsure. » Ce que l’on ressent dépasse de loin ce que l’on voit.
La scène a la lenteur des soirs où l’on ne veut pas que la nuit tombe. Tout y est retenu, suspendu, comme un je t’aime qu’on garde encore un peu dans la bouche avant de le dire. La banane, au centre, joue le rôle du cœur : elle bat sans bruit, mais elle bat.
On pense à ces amours qui n’ont pas besoin de grands gestes. Un fruit, une lumière, un décor qui s’efface pudiquement : il n’en faut pas plus pour que naisse l’émotion. L’image ne crie pas son romantisme, elle le murmure, et c’est pour cela qu’on la croit.
On pourrait rester longtemps devant cette scène, comme on reste devant quelqu’un qu’on aime sans trouver les mots. Il y a dans ce jaune une chaleur de peau, une promesse de présence, quelque chose qui console sans qu’on sache de quoi. Le décor, lui, s’efface par délicatesse, comme un ami qui sent qu’il doit laisser la place. Et dans ce retrait pudique de tout ce qui n’est pas essentiel, il ne reste bientôt que le fruit et l’émotion, face à face, dans la lumière tiède d’un soir qu’on voudrait éternel.
On s’en va le cœur un peu plus léger, en se promettant de revenir. Les images, comme les amours, aiment qu’on leur soit fidèle.

