Bonjour Banane

Le Mystère de l’Hiver

Dans un château de givre, une banane flamboyante défie la nuit, témoin d'un banquet de silence où les ombres prennent vie.

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On croit d’abord voir un fruit. On finit par voir un monde. Si l’image avait une voix, elle dirait ceci : « Dans un château de givre, une banane flamboyante défie la nuit, témoin d’un banquet de silence où les ombres prennent vie. » Ce que l’image donne à voir dépasse de loin son sujet.

On devine, derrière le fruit, la trace d’un paysage qui n’existe que pour lui. Les lignes fuient, les ombres s’étirent, la perspective se plie au bon vouloir du songe. C’est une géographie du sentiment plus que du monde, une carte dessinée par quelqu’un qui aurait oublié où il allait, mais pas pourquoi.

La couleur se fait musique, et le silence, partition. On n’entend rien, et pourtant quelque chose résonne, une note tenue trop longtemps pour être tout à fait rassurante. C’est le genre d’image qui s’écoute autant qu’elle se regarde.

Il y a, dans la manière dont la scène tient ensemble, une science discrète de l’équilibre. Rien ne pèse, rien ne tombe, tout flotte dans une apesanteur du sentiment. On pense à ces rêves où l’on avance sans effort, où les lois habituelles se desserrent, où un fruit peut devenir un astre et une ombre un océan. L’image ne demande pas qu’on y croie ; elle demande seulement qu’on la laisse exister, le temps d’un regard, comme on laisse exister une mélodie entendue dans une rue et qu’on ne retrouvera jamais.

On repart sans avoir tout compris, et c’est tant mieux : les plus belles images sont celles qui gardent pour elles une part de leur mystère.


Bonjour Banane