Regardez longtemps, et le fruit cesse d’être un fruit pour devenir une question. La légende, elle, tient en une ligne, et cette ligne suffit : « Sous la lune complice, une banane géante danse, admirée par des ombres colorées, célébrant la folie douce d’un monde en éveil. » Ce que l’image donne à voir dépasse de loin son sujet.
La couleur se fait musique, et le silence, partition. On n’entend rien, et pourtant quelque chose résonne, une note tenue trop longtemps pour être tout à fait rassurante. C’est le genre d’image qui s’écoute autant qu’elle se regarde.
On pourrait parler de nature morte, mais ce serait mentir : ici, tout respire. Le fruit, l’air, la lumière, l’ombre elle-même ont une pulsation lente. C’est une nature vivante qui joue à faire semblant d’être immobile, et qui n’y parvient pas tout à fait.
Il y a, dans la manière dont la scène tient ensemble, une science discrète de l’équilibre. Rien ne pèse, rien ne tombe, tout flotte dans une apesanteur du sentiment. On pense à ces rêves où l’on avance sans effort, où les lois habituelles se desserrent, où un fruit peut devenir un astre et une ombre un océan. L’image ne demande pas qu’on y croie ; elle demande seulement qu’on la laisse exister, le temps d’un regard, comme on laisse exister une mélodie entendue dans une rue et qu’on ne retrouvera jamais.
On repart sans avoir tout compris, et c’est tant mieux : les plus belles images sont celles qui gardent pour elles une part de leur mystère.

