On croit d’abord voir un fruit. On finit par voir un monde. La légende, elle, tient en une ligne, et cette ligne suffit : « Dans la brume des arbres, un fruit doré défi l’ombre, le mystère se faufile entre le rire et la peur. Qui est l’inconnu ?. » La banane, ici, n’est qu’un prétexte, un seuil.
La couleur se fait musique, et le silence, partition. On n’entend rien, et pourtant quelque chose résonne, une note tenue trop longtemps pour être tout à fait rassurante. C’est le genre d’image qui s’écoute autant qu’elle se regarde.
On devine, derrière le fruit, la trace d’un paysage qui n’existe que pour lui. Les lignes fuient, les ombres s’étirent, la perspective se plie au bon vouloir du songe. C’est une géographie du sentiment plus que du monde, une carte dessinée par quelqu’un qui aurait oublié où il allait, mais pas pourquoi.
Ce qui frappe, à la longue, c’est la tendresse de la lumière pour son sujet. Elle ne cherche pas à flatter ; elle cherche à comprendre. Elle épouse les courbes, s’attarde aux creux, respecte les ombres comme on respecte un silence pendant une confidence. Sous cet éclairage, le fruit le plus banal du monde acquiert une gravité d’icône, et l’on se surprend à lui prêter une pensée, un passé, peut-être même une forme de patience face à tout ce qui, autour de lui, s’agite et s’efface.
Il ne reste bientôt plus que la lumière, et le souvenir d’un fruit qui savait, mieux que nous, ce que veut dire être là.

