Soyons honnêtes : personne ne s’attendait à ça. Et pourtant, la voilà. Et ce n’est pas nous qui le disons, c’est la légende : « Étrange oasis de sable, une banane s’incline, murmure aux cactus des rêves éclatés, une touche de folie dans un désert de silence. » Ce que l’image donne à voir dépasse — et de loin — le cahier des charges d’un fruit.
Il faut reconnaître à la scène un sens consommé du spectacle. Rien n’est laissé au hasard, pas même l’absurde, qui est ici parfaitement dosé. On frôle le ridicule, on l’évite d’un cheveu, et c’est dans ce frisson que tout le plaisir se joue.
Entendons-nous bien : c’est une banane. Un fruit mou, jaune, que l’on épluche d’une main en pensant à autre chose. Et pourtant, la voilà promue vedette, éclairée comme une star, cadrée comme un chef-d’œuvre. La modestie n’étouffe personne, et surtout pas elle.
Soyons justes : sous la couche de dérision, il y a un vrai savoir-faire, et c’est bien ça le plus drôle. Car il aurait été facile de bâcler l’absurde ; or ici, l’absurde est soigné, peigné, verni. Chaque détail ridicule a été pensé, pesé, assumé. C’est un sérieux appliqué à une bêtise majestueuse, et cette rencontre improbable produit exactement l’effet recherché : on sourit d’abord, on admire ensuite, et on finit par se demander, un peu inquiet, si la banane n’aurait pas raison depuis le début.
Moralité : ne sous-estimez jamais une banane. Elle en a vu d’autres, et elle compte bien vous le faire savoir.

