Bonjour Banane

Révolution des Bananes!

Sous les cris joyeux, la banane danse en fanfare, courant le bitume d’un rêve fruité dans une ville vêtue de vert.

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Attention, image sérieuse. Enfin, presque. Résumé en une phrase, histoire de prévenir : « Sous les cris joyeux, la banane danse en fanfare, courant le bitume d’un rêve fruité dans une ville vêtue de vert. » Ce que l’image donne à voir dépasse — et de loin — le cahier des charges d’un fruit.

Entendons-nous bien : c’est une banane. Un fruit mou, jaune, que l’on épluche d’une main en pensant à autre chose. Et pourtant, la voilà promue vedette, éclairée comme une star, cadrée comme un chef-d’œuvre. La modestie n’étouffe personne, et surtout pas elle.

Le décor, lui, en fait des tonnes, comme s’il avait quelque chose à prouver. Chaque élément semble dire : regardez, moi aussi j’ai droit à ma minute de gloire. Résultat : une scène où tout le monde surjoue, fruit compris, et où l’on ne sait plus trop s’il faut applaudir ou rire.

Il faut saluer, au passage, le culot de la mise en scène. Là où un fruit raisonnable se serait contenté de poser sagement dans une corbeille, celui-ci a visiblement exigé un décor, une ambiance, un propos. On imagine les négociations : la banane réclamant sa loge, son éclairage personnel, une clause interdisant tout voisinage avec une pomme. Le résultat a cette démesure réjouissante des projets qui auraient dû être recadrés très tôt et que, par chance, personne n’a eu le courage d’arrêter. Tant mieux pour nous.

Et pourtant, ça marche. On imagine volontiers les coulisses : la banane qui répète son texte, la lumière qui boude parce qu’elle voulait un melon, le fond qui improvise. Le génie de l’image, c’est de prendre tout cela très au sérieux, ce qui est évidemment la façon la plus sûre de nous faire sourire.

Quelque part, un critique d’art fronce les sourcils. Quelque part, un enfant éclate de rire. Les deux ont raison, et c’est tout l’intérêt : cette image refuse de choisir entre le sérieux et la farce, et elle a bien raison de ne pas choisir.

Essayons de garder notre sérieux, ce qui, avouons-le, relève ici de l’exploit. Car plus on regarde la scène, plus on sent monter cette petite voix intérieure qui chuchote : « tout ça pour une banane ? ». Et la réponse, magnifiquement, est oui. Oui, tout ça pour une banane. Le cadrage héroïque, l’éclairage de cathédrale, la gravité de l’ensemble : rien ne lui sera épargné. Le fruit, fidèle à lui-même, encaisse la gloire sans broncher, avec ce flegme particulier des stars qui savent que, de toute façon, demain un autre fruit prendra leur place.

On cherche le second degré, et on le trouve ; puis on cherche le premier, et il est là aussi, bien planqué sous la pelure. C’est une banane à tiroirs, et chaque tiroir contient une blague un peu plus fine que la précédente.

Soyons justes : sous la couche de dérision, il y a un vrai savoir-faire, et c’est bien ça le plus drôle. Car il aurait été facile de bâcler l’absurde ; or ici, l’absurde est soigné, peigné, verni. Chaque détail ridicule a été pensé, pesé, assumé. C’est un sérieux appliqué à une bêtise majestueuse, et cette rencontre improbable produit exactement l’effet recherché : on sourit d’abord, on admire ensuite, et on finit par se demander, un peu inquiet, si la banane n’aurait pas raison depuis le début.

À demain pour une nouvelle banane. Promis, elle sera encore plus inattendue. Ou pas. Avec elles, on ne sait jamais.


Bonjour Banane