Il suffit parfois d’un fruit doré pour que le monde se mette à battre plus lentement. On la relit comme on relit une lettre : « Une banane ébouriffée défie le soleil orange, l’ode à la fantaisie alimentaire, éclate dans un cosmos rose, étoilé, enlaçant étoiles et lunes. » Ce que l’on ressent dépasse de loin ce que l’on voit.
On pense à ces amours qui n’ont pas besoin de grands gestes. Un fruit, une lumière, un décor qui s’efface pudiquement : il n’en faut pas plus pour que naisse l’émotion. L’image ne crie pas son romantisme, elle le murmure, et c’est pour cela qu’on la croit.
Deux présences semblent se répondre dans l’image, même quand il n’y en a qu’une. C’est la magie des grandes histoires : on y est toujours deux, ne serait-ce qu’avec soi-même. Le fruit regarde quelque chose que l’on ne voit pas, et l’on devine que ce quelque chose lui manque.
La douceur de la composition tient à peu de choses, et c’est ce peu qui bouleverse. Une courbe qui rime avec une autre, un reflet qui répond à une lueur, une distance juste assez grande pour que naisse le désir de la combler. On reconnaît là la grammaire silencieuse des amours véritables, celles qui ne se déclarent pas mais se devinent, celles qui tiennent dans un geste suspendu, dans une main qui n’ose pas encore, dans un regard qui en dit déjà trop et pas assez. L’image, pudique, ne montre que cela, et c’est largement suffisant.
Peut-être n’est-ce qu’une banane. Mais ce soir, c’est la plus tendre chose du monde, et cela suffit amplement.

