Il suffit parfois d’un fruit doré pour que le monde se mette à battre plus lentement. La légende se lit à voix basse : « Un ballet de tables flirtant avec des pétales de roses, une banane intrépide s’invitant à une danse aux lueurs de bougies. » La banane, ici, est moins un fruit qu’un sentiment.
Deux présences semblent se répondre dans l’image, même quand il n’y en a qu’une. C’est la magie des grandes histoires : on y est toujours deux, ne serait-ce qu’avec soi-même. Le fruit regarde quelque chose que l’on ne voit pas, et l’on devine que ce quelque chose lui manque.
Chaque détail semble avoir été posé là par une main amoureuse, soucieuse de ne froisser ni la lumière ni le silence. On devine une intention tendre derrière le cadrage, comme une table dressée pour quelqu’un qui va venir.
On pourrait rester longtemps devant cette scène, comme on reste devant quelqu’un qu’on aime sans trouver les mots. Il y a dans ce jaune une chaleur de peau, une promesse de présence, quelque chose qui console sans qu’on sache de quoi. Le décor, lui, s’efface par délicatesse, comme un ami qui sent qu’il doit laisser la place. Et dans ce retrait pudique de tout ce qui n’est pas essentiel, il ne reste bientôt que le fruit et l’émotion, face à face, dans la lumière tiède d’un soir qu’on voudrait éternel.
On s’en va le cœur un peu plus léger, en se promettant de revenir. Les images, comme les amours, aiment qu’on leur soit fidèle.

