Il faut une certaine audace pour prendre une banane aussi au sérieux. Bonne nouvelle : nous l’avons. La légende officielle, tenez-vous bien, c’est : « Un bananier en déroute, auréole d’or, déambule parmi des gratte-ciel fatigués, prônant la beauté du temps qui passe. Un fruit en quête d’applaudissements !. » Ce que l’image donne à voir dépasse — et de loin — le cahier des charges d’un fruit.
Quelque part, un critique d’art fronce les sourcils. Quelque part, un enfant éclate de rire. Les deux ont raison, et c’est tout l’intérêt : cette image refuse de choisir entre le sérieux et la farce, et elle a bien raison de ne pas choisir.
Le décor, lui, en fait des tonnes, comme s’il avait quelque chose à prouver. Chaque élément semble dire : regardez, moi aussi j’ai droit à ma minute de gloire. Résultat : une scène où tout le monde surjoue, fruit compris, et où l’on ne sait plus trop s’il faut applaudir ou rire.
Essayons de garder notre sérieux, ce qui, avouons-le, relève ici de l’exploit. Car plus on regarde la scène, plus on sent monter cette petite voix intérieure qui chuchote : « tout ça pour une banane ? ». Et la réponse, magnifiquement, est oui. Oui, tout ça pour une banane. Le cadrage héroïque, l’éclairage de cathédrale, la gravité de l’ensemble : rien ne lui sera épargné. Le fruit, fidèle à lui-même, encaisse la gloire sans broncher, avec ce flegme particulier des stars qui savent que, de toute façon, demain un autre fruit prendra leur place.
En résumé : une banane, un décor, et beaucoup trop de sérieux. C’est exactement pour ça qu’on l’adore.

