On croit d’abord voir un fruit. On finit par voir un monde. Tout est déjà dit dans cette phrase que l’image murmure : « Sous la valse des étoiles, un bananier farceur fait la révérence, tandis que les fleurs dansent au rythme des rires du soleil couchant. » La banane, ici, n’est qu’un prétexte, un seuil.
Il y a dans cette composition une patience de vieille pierre. Le temps semble s’être assis là, en silence, pour regarder le fruit comme on regarde une braise. Chaque détail paraît avoir attendu des siècles son instant, et cet instant, c’est maintenant, dans la lumière basse d’une fin de jour qui ne finit jamais.
On devine, derrière le fruit, la trace d’un paysage qui n’existe que pour lui. Les lignes fuient, les ombres s’étirent, la perspective se plie au bon vouloir du songe. C’est une géographie du sentiment plus que du monde, une carte dessinée par quelqu’un qui aurait oublié où il allait, mais pas pourquoi.
Il y a, dans la manière dont la scène tient ensemble, une science discrète de l’équilibre. Rien ne pèse, rien ne tombe, tout flotte dans une apesanteur du sentiment. On pense à ces rêves où l’on avance sans effort, où les lois habituelles se desserrent, où un fruit peut devenir un astre et une ombre un océan. L’image ne demande pas qu’on y croie ; elle demande seulement qu’on la laisse exister, le temps d’un regard, comme on laisse exister une mélodie entendue dans une rue et qu’on ne retrouvera jamais.
À la fin, on ne garde pas une image : on garde un silence. Et ce silence, longtemps après, continue de jaunir doucement au fond de la mémoire.

