Regardez longtemps, et le fruit cesse d’être un fruit pour devenir une question. Si l’image avait une voix, elle dirait ceci : « Un astre doré, solitaire sur un désert de sucre, rêve d’autres galaxies, pendant que le soleil l’observe, mi-amusé, mi-curieux. » Ce que l’image donne à voir dépasse de loin son sujet.
Les contours tremblent légèrement, comme un souvenir qu’on essaie de retenir. Est-ce une mémoire ? Une promesse ? L’image ne tranche pas. Elle préfère laisser la question ouverte, suspendue entre deux battements, là où la beauté aime se cacher.
La couleur se fait musique, et le silence, partition. On n’entend rien, et pourtant quelque chose résonne, une note tenue trop longtemps pour être tout à fait rassurante. C’est le genre d’image qui s’écoute autant qu’elle se regarde.
Prenez le temps de laisser l’œil errer d’un bord à l’autre du cadre. Vous verrez d’abord le fruit, puis l’espace qui l’entoure, puis l’espace entre les choses, et c’est souvent là, dans ces intervalles que personne ne regarde, que l’image cache ses secrets. Le vide n’y est jamais vraiment vide : il est habité d’attente, de lumière retenue, de silences qui ont une forme. On dirait que la banane a été posée là non pour être vue, mais pour apprendre à regarder le reste, pour servir de point fixe à un monde qui, autour d’elle, continue doucement de rêver.
Il ne reste bientôt plus que la lumière, et le souvenir d’un fruit qui savait, mieux que nous, ce que veut dire être là.

