Il faut une certaine audace pour prendre une banane aussi au sérieux. Bonne nouvelle : nous l’avons. La légende officielle, tenez-vous bien, c’est : « Un bananier philosophe, enfermé dans une tasse aux yeux furieux, rêve d’éprouver la science des rêves écrits sur de petites notes. » Tout, dans ce cadre, pousse le bouchon un peu plus loin.
Le décor, lui, en fait des tonnes, comme s’il avait quelque chose à prouver. Chaque élément semble dire : regardez, moi aussi j’ai droit à ma minute de gloire. Résultat : une scène où tout le monde surjoue, fruit compris, et où l’on ne sait plus trop s’il faut applaudir ou rire.
À ce niveau de solennité, on attend presque un discours. « Mes chers concitoyens fruits… » La banane, elle, garde le silence, ce qui est encore la meilleure des répliques. Un fruit qui se tait avec cette assurance, cela ne s’invente pas.
Essayons de garder notre sérieux, ce qui, avouons-le, relève ici de l’exploit. Car plus on regarde la scène, plus on sent monter cette petite voix intérieure qui chuchote : « tout ça pour une banane ? ». Et la réponse, magnifiquement, est oui. Oui, tout ça pour une banane. Le cadrage héroïque, l’éclairage de cathédrale, la gravité de l’ensemble : rien ne lui sera épargné. Le fruit, fidèle à lui-même, encaisse la gloire sans broncher, avec ce flegme particulier des stars qui savent que, de toute façon, demain un autre fruit prendra leur place.
À demain pour une nouvelle banane. Promis, elle sera encore plus inattendue. Ou pas. Avec elles, on ne sait jamais.

