Bonjour Banane
Bananier poussant dans un jardin japonais enneige

Le Japon invente la banane polaire

Au Japon, un pays où l’on peut acheter des melons à 200 euros et des raisins à 30 euros la grappe, quelqu’un s’est dit : « Et si on faisait pareil avec la banane ? » Ce quelqu’un, c’est Setsuzo Tanaka, un agriculteur de 68 ans du village d’Okayama, qui a mis au point une technique permettant de cultiver des bananes par -4°C. Oui, vous avez bien lu.

La méthode « Freeze-Thaw Awakening »

Le procédé, baptisé « Freeze-Thaw Awakening » (réveil par gel-dégel), consiste à congeler les jeunes plants à -60°C, puis à les replanter dans un sol chauffé. Le choc thermique provoquerait une « explosion de vitalité cellulaire » qui rendrait la banane extraordinairement résistante au froid. Du moins, c’est ce qu’affirme la brochure commerciale, illustrée d’une banane portant un bonnet de ski.

Le résultat : la « Mongee Banana », un fruit à la peau si fine qu’on peut la manger entièrement, pelure comprise. Son goût serait « d’une douceur surnaturelle, avec des notes de mangue et d’ananas ». Son prix aussi est surnaturel : 6 euros la banane. À l’unité.

Les producteurs traditionnels en sueur froide

Du côté de l’Équateur et du Costa Rica, premiers exportateurs mondiaux, la nouvelle a provoqué un mélange de perplexité et d’inquiétude. « On produit des bananes à 20 centimes le kilo, et voilà qu’un Japonais les vend 6 euros pièce en les congelant d’abord », soupire Carlos Mendes, représentant de la fédération des producteurs équatoriens. « C’est comme si quelqu’un inventait une baguette de pain à 50 euros en la passant d’abord au congélateur. »

D’autres y voient une opportunité. « Si les gens sont prêts à payer 6 euros pour une banane qui a survécu au froid, imaginez ce qu’on pourrait demander pour une banane qui a survécu à un volcan », plaisante (à moitié) un producteur costaricien.

Bientôt des bananeraies en Laponie ?

Le succès de la Mongee Banana a inspiré des imitateurs. En Finlande, une start-up tente de cultiver des bananes dans d’anciennes mines désaffectées. En Islande, un projet pilote utilise la chaleur géothermique pour chauffer des serres bananières à deux pas des geysers. Et en Alsace, un viticulteur reconverti affirme que ses « Bananes du Rhin » seront prêtes d’ici 2028.

Setsuzo Tanaka, lui, reste philosophe. « La banane est un fruit tropical qui rêvait de neige », dit-il dans une interview au Asahi Shimbun. « Je n’ai fait que réaliser son rêve. » À 6 euros le rêve, c’est tout de même un joli business plan.

La rédaction de Bonjour Banane a tenté de congeler une banane pour reproduire l’expérience. Résultat : une banane noire et un congélateur qui sent la banane. On déconseille.