Après le cuir de champignon, le cuir de cactus et le cuir d’ananas, voici le cuir de banane. La start-up lyonnaise Bananather vient de lever 4 millions d’euros pour industrialiser sa technologie de transformation des fibres de bananier en matériau souple, résistant et — promis juré — sans odeur de banane.
Du déchet au sac à main
« Chaque année, 100 millions de tonnes de troncs de bananiers sont jetées après la récolte », explique Camille Verdier, cofondatrice de Bananather. « C’est un gâchis monumental. Nous, on prend ces fibres et on les transforme en un matériau qui ressemble au cuir, se travaille comme du cuir, mais qui n’a jamais vu une vache de sa vie. »
Le procédé est gardé secret, mais la start-up évoque un « traitement enzymatique breveté » suivi d’un « pressage à froid multicouche ». Le résultat : des plaques de « cuir » brun doré, souples au toucher, qui passent les tests de résistance à l’abrasion et à l’eau. « On peut renverser du café dessus, il suffit d’essuyer », assure Camille. Test que notre journaliste a vérifié (le café était froid, par prudence).
La mode y croit (prudemment)
Plusieurs marques auraient signé des lettres d’intention pour intégrer le Bananather dans leurs collections. Un grand nom du luxe français — que la start-up refuse de nommer mais dont les initiales pourraient être H. — testerait le matériau pour une ligne d’accessoires. Chez Veja, on aurait commandé des échantillons pour de futures sneakers.
« Le marché du cuir vegan pèsera 90 milliards de dollars d’ici 2030 », rappelle Marc Tessier, analyste chez Fashion Capital. « Le problème, c’est que tout le monde arrive en même temps avec son fruit miracle. Ananas, raisin, pomme, mangue, banane… On dirait un stand de smoothies, pas une industrie textile. »
Les sceptiques ont la peau dure
Tous ne sont pas convaincus. « On nous dit que c’est du cuir, mais c’est de la cellulose compressée avec du marketing », tranche Pierre-Alain Bourdon, artisan maroquinier à Paris. « Un cuir de banane, ça n’existe pas. Ce qui existe, c’est du carton amélioré avec un bon storytelling. »
Camille Verdier assume le scepticisme avec le sourire. « Les gens disaient la même chose du lait d’avoine. Aujourd’hui, il y en a dans tous les cafés du monde. Dans cinq ans, il y aura du cuir de banane dans tous les sacs. »
La rédaction de Bonjour Banane a reçu un échantillon de Bananather. Nous l’avons reniflé pendant dix minutes. Il ne sent pas la banane. On est un peu déçus, honnêtement.

