À ce stade, la banane ne se contente plus d’être un fruit. Elle a des ambitions. Et ce n’est pas nous qui le disons, c’est la légende : « Un soleil rieur flotte au-dessus, tandis qu’une banane curieuse rêve d’aventures ensoleillées, participative, sur le sable doré, témoin des rires croisés. » La banane, ici, a clairement décidé de ne pas rester à sa place.
Entendons-nous bien : c’est une banane. Un fruit mou, jaune, que l’on épluche d’une main en pensant à autre chose. Et pourtant, la voilà promue vedette, éclairée comme une star, cadrée comme un chef-d’œuvre. La modestie n’étouffe personne, et surtout pas elle.
On cherche le second degré, et on le trouve ; puis on cherche le premier, et il est là aussi, bien planqué sous la pelure. C’est une banane à tiroirs, et chaque tiroir contient une blague un peu plus fine que la précédente.
Essayons de garder notre sérieux, ce qui, avouons-le, relève ici de l’exploit. Car plus on regarde la scène, plus on sent monter cette petite voix intérieure qui chuchote : « tout ça pour une banane ? ». Et la réponse, magnifiquement, est oui. Oui, tout ça pour une banane. Le cadrage héroïque, l’éclairage de cathédrale, la gravité de l’ensemble : rien ne lui sera épargné. Le fruit, fidèle à lui-même, encaisse la gloire sans broncher, avec ce flegme particulier des stars qui savent que, de toute façon, demain un autre fruit prendra leur place.
La rédaction, elle, retourne à sa propre banane de bureau, nettement moins photogénique, mais tout aussi digne.

