On nous avait promis une simple photo du jour. On a reçu une épopée. La légende officielle, tenez-vous bien, c’est : « Un rayon de soleil s’invite sur une banane éclatante, qui danse avec les étoiles dans un univers blanc, espiègle et pétillant. » Ce que l’image donne à voir dépasse — et de loin — le cahier des charges d’un fruit.
Quelque part, un critique d’art fronce les sourcils. Quelque part, un enfant éclate de rire. Les deux ont raison, et c’est tout l’intérêt : cette image refuse de choisir entre le sérieux et la farce, et elle a bien raison de ne pas choisir.
À ce niveau de solennité, on attend presque un discours. « Mes chers concitoyens fruits… » La banane, elle, garde le silence, ce qui est encore la meilleure des répliques. Un fruit qui se tait avec cette assurance, cela ne s’invente pas.
Soyons justes : sous la couche de dérision, il y a un vrai savoir-faire, et c’est bien ça le plus drôle. Car il aurait été facile de bâcler l’absurde ; or ici, l’absurde est soigné, peigné, verni. Chaque détail ridicule a été pensé, pesé, assumé. C’est un sérieux appliqué à une bêtise majestueuse, et cette rencontre improbable produit exactement l’effet recherché : on sourit d’abord, on admire ensuite, et on finit par se demander, un peu inquiet, si la banane n’aurait pas raison depuis le début.
À demain pour une nouvelle banane. Promis, elle sera encore plus inattendue. Ou pas. Avec elles, on ne sait jamais.

