Il suffit parfois d’un fruit doré pour que le monde se mette à battre plus lentement. La légende se lit à voix basse : « Sous les flots étoilés, une banane trône, oracle d’un monde où les astronautes rêvent de fruits dans l’abîme. Douceur cosmique et folie aquatique. » Ce que l’on ressent dépasse de loin ce que l’on voit.
On pense à ces amours qui n’ont pas besoin de grands gestes. Un fruit, une lumière, un décor qui s’efface pudiquement : il n’en faut pas plus pour que naisse l’émotion. L’image ne crie pas son romantisme, elle le murmure, et c’est pour cela qu’on la croit.
La scène a la lenteur des soirs où l’on ne veut pas que la nuit tombe. Tout y est retenu, suspendu, comme un je t’aime qu’on garde encore un peu dans la bouche avant de le dire. La banane, au centre, joue le rôle du cœur : elle bat sans bruit, mais elle bat.
Il faut imaginer la scène comme un rendez-vous que personne n’a osé annuler. Tout y est prêt, tout y attend : la lumière a mis sa plus belle robe, l’ombre s’est faite discrète, et le fruit, au centre, retient son souffle. On devine une histoire avant l’image et une autre après, et l’instant capturé n’est que le pont fragile entre les deux, ce moment suspendu où l’on ne sait pas encore si l’autre viendra, mais où l’on espère de toutes ses forces, et où cette espérance, à elle seule, suffit déjà à rendre le monde plus beau.
On referme l’image à regret, comme on quitte quelqu’un sur un quai. Et longtemps, on sentira encore la chaleur de ce jaune contre soi.

