Attention, image sérieuse. Enfin, presque. Et ce n’est pas nous qui le disons, c’est la légende : « Dans un temple de savoir, un fruit doré se dresse, pages tournées par le souffle des idées, où l’absurde danse avec la sagesse. » Tout, dans ce cadre, pousse le bouchon un peu plus loin.
Il faut reconnaître à la scène un sens consommé du spectacle. Rien n’est laissé au hasard, pas même l’absurde, qui est ici parfaitement dosé. On frôle le ridicule, on l’évite d’un cheveu, et c’est dans ce frisson que tout le plaisir se joue.
À ce niveau de solennité, on attend presque un discours. « Mes chers concitoyens fruits… » La banane, elle, garde le silence, ce qui est encore la meilleure des répliques. Un fruit qui se tait avec cette assurance, cela ne s’invente pas.
Soyons justes : sous la couche de dérision, il y a un vrai savoir-faire, et c’est bien ça le plus drôle. Car il aurait été facile de bâcler l’absurde ; or ici, l’absurde est soigné, peigné, verni. Chaque détail ridicule a été pensé, pesé, assumé. C’est un sérieux appliqué à une bêtise majestueuse, et cette rencontre improbable produit exactement l’effet recherché : on sourit d’abord, on admire ensuite, et on finit par se demander, un peu inquiet, si la banane n’aurait pas raison depuis le début.
La rédaction, elle, retourne à sa propre banane de bureau, nettement moins photogénique, mais tout aussi digne.

