Bonjour Banane

Solitude Étonnante

Sous les rayons d'or d'une matinée brumeuse, un fruit solitaire se prélasse sur un banc, rêve de desserts en attendant les promesses du jour.

2 / 5. 1


On croit d’abord voir un fruit. On finit par voir un monde. Si l’image avait une voix, elle dirait ceci : « Sous les rayons d’or d’une matinée brumeuse, un fruit solitaire se prélasse sur un banc, rêve de desserts en attendant les promesses du jour. » Ce que l’image donne à voir dépasse de loin son sujet.

La solitude du fruit n’a rien de triste : elle a la dignité des choses qui se suffisent. Autour, le vide fait office de cadre, et ce vide, loin d’écraser, élève. On comprend que la banane n’attend personne ; elle est déjà au rendez-vous d’elle-même.

On pourrait parler de nature morte, mais ce serait mentir : ici, tout respire. Le fruit, l’air, la lumière, l’ombre elle-même ont une pulsation lente. C’est une nature vivante qui joue à faire semblant d’être immobile, et qui n’y parvient pas tout à fait.

Prenez le temps de laisser l’œil errer d’un bord à l’autre du cadre. Vous verrez d’abord le fruit, puis l’espace qui l’entoure, puis l’espace entre les choses, et c’est souvent là, dans ces intervalles que personne ne regarde, que l’image cache ses secrets. Le vide n’y est jamais vraiment vide : il est habité d’attente, de lumière retenue, de silences qui ont une forme. On dirait que la banane a été posée là non pour être vue, mais pour apprendre à regarder le reste, pour servir de point fixe à un monde qui, autour d’elle, continue doucement de rêver.

On repart sans avoir tout compris, et c’est tant mieux : les plus belles images sont celles qui gardent pour elles une part de leur mystère.


Bonjour Banane