Avant les mots, il y a le silence de l’image. Et dans ce silence, une banane. La légende, elle, tient en une ligne, et cette ligne suffit : « Un rêve jaune s’étire sur le bitume, défiant le passage des voitures, comme un poète solitaire au milieu d’une ville pressée. » Ce que l’image donne à voir dépasse de loin son sujet.
La solitude du fruit n’a rien de triste : elle a la dignité des choses qui se suffisent. Autour, le vide fait office de cadre, et ce vide, loin d’écraser, élève. On comprend que la banane n’attend personne ; elle est déjà au rendez-vous d’elle-même.
On pourrait parler de nature morte, mais ce serait mentir : ici, tout respire. Le fruit, l’air, la lumière, l’ombre elle-même ont une pulsation lente. C’est une nature vivante qui joue à faire semblant d’être immobile, et qui n’y parvient pas tout à fait.
Ce qui frappe, à la longue, c’est la tendresse de la lumière pour son sujet. Elle ne cherche pas à flatter ; elle cherche à comprendre. Elle épouse les courbes, s’attarde aux creux, respecte les ombres comme on respecte un silence pendant une confidence. Sous cet éclairage, le fruit le plus banal du monde acquiert une gravité d’icône, et l’on se surprend à lui prêter une pensée, un passé, peut-être même une forme de patience face à tout ce qui, autour de lui, s’agite et s’efface.
À la fin, on ne garde pas une image : on garde un silence. Et ce silence, longtemps après, continue de jaunir doucement au fond de la mémoire.

