Certaines scènes ne demandent qu’une chose : qu’on les aime en retour. La légende se lit à voix basse : « Au cœur d’un couloir violet, une banane rêve d’évasion, éclatant de soleil dans l’ombre d’un monde en déraison. » Ce que l’on ressent dépasse de loin ce que l’on voit.
Chaque détail semble avoir été posé là par une main amoureuse, soucieuse de ne froisser ni la lumière ni le silence. On devine une intention tendre derrière le cadrage, comme une table dressée pour quelqu’un qui va venir.
Deux présences semblent se répondre dans l’image, même quand il n’y en a qu’une. C’est la magie des grandes histoires : on y est toujours deux, ne serait-ce qu’avec soi-même. Le fruit regarde quelque chose que l’on ne voit pas, et l’on devine que ce quelque chose lui manque.
La douceur de la composition tient à peu de choses, et c’est ce peu qui bouleverse. Une courbe qui rime avec une autre, un reflet qui répond à une lueur, une distance juste assez grande pour que naisse le désir de la combler. On reconnaît là la grammaire silencieuse des amours véritables, celles qui ne se déclarent pas mais se devinent, celles qui tiennent dans un geste suspendu, dans une main qui n’ose pas encore, dans un regard qui en dit déjà trop et pas assez. L’image, pudique, ne montre que cela, et c’est largement suffisant.
Peut-être n’est-ce qu’une banane. Mais ce soir, c’est la plus tendre chose du monde, et cela suffit amplement.

