Bonjour Banane

Solitude d’une Banane

Dans une lumière de rêve, un fruit rayonne, seul spectateur d’une scène muette, la promesse d’un élan de joie suspendue.

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On croit d’abord voir un fruit. On finit par voir un monde. La légende, elle, tient en une ligne, et cette ligne suffit : « Dans une lumière de rêve, un fruit rayonne, seul spectateur d’une scène muette, la promesse d’un élan de joie suspendue. » Ce que l’image donne à voir dépasse de loin son sujet.

Les contours tremblent légèrement, comme un souvenir qu’on essaie de retenir. Est-ce une mémoire ? Une promesse ? L’image ne tranche pas. Elle préfère laisser la question ouverte, suspendue entre deux battements, là où la beauté aime se cacher.

On devine, derrière le fruit, la trace d’un paysage qui n’existe que pour lui. Les lignes fuient, les ombres s’étirent, la perspective se plie au bon vouloir du songe. C’est une géographie du sentiment plus que du monde, une carte dessinée par quelqu’un qui aurait oublié où il allait, mais pas pourquoi.

Il y a, dans la manière dont la scène tient ensemble, une science discrète de l’équilibre. Rien ne pèse, rien ne tombe, tout flotte dans une apesanteur du sentiment. On pense à ces rêves où l’on avance sans effort, où les lois habituelles se desserrent, où un fruit peut devenir un astre et une ombre un océan. L’image ne demande pas qu’on y croie ; elle demande seulement qu’on la laisse exister, le temps d’un regard, comme on laisse exister une mélodie entendue dans une rue et qu’on ne retrouvera jamais.

On repart sans avoir tout compris, et c’est tant mieux : les plus belles images sont celles qui gardent pour elles une part de leur mystère.


Bonjour Banane