Il y a, dans cette image, quelque chose qui ressemble à une déclaration. On la relit comme on relit une lettre : « Au seuil d’un royaume brumeux, deux bananes oubliées murmurent des secrets sucrés, sous le regard perplexe des mosquées argentées. » Ce que l’on ressent dépasse de loin ce que l’on voit.
Le jaune, soudain, devient une couleur qui tient chaud. Il se pose sur la scène comme une main sur une épaule, discrètement, sans rien demander. Autour, tout s’adoucit : les angles s’arrondissent, les ombres se font duvet, et l’on jurerait que l’air lui-même a baissé d’un ton pour ne pas déranger.
Il y a de la tendresse dans la façon dont la lumière enlace le fruit. Elle ne l’éclaire pas, elle le caresse ; elle ne le montre pas, elle le confie. On a l’impression d’assister à un moment qui ne nous était pas destiné, et c’est cela, justement, qui le rend si beau.
La douceur de la composition tient à peu de choses, et c’est ce peu qui bouleverse. Une courbe qui rime avec une autre, un reflet qui répond à une lueur, une distance juste assez grande pour que naisse le désir de la combler. On reconnaît là la grammaire silencieuse des amours véritables, celles qui ne se déclarent pas mais se devinent, celles qui tiennent dans un geste suspendu, dans une main qui n’ose pas encore, dans un regard qui en dit déjà trop et pas assez. L’image, pudique, ne montre que cela, et c’est largement suffisant.
Il y a des fruits qu’on mange et des fruits qu’on aime. Celui-ci, décidément, appartient à la seconde catégorie.

