Il faut une certaine audace pour prendre une banane aussi au sérieux. Bonne nouvelle : nous l’avons. Et ce n’est pas nous qui le disons, c’est la légende : « Dans un bal spectral, une banane envoûtante flotte, orchestre de rires, promesse de douce folie, suspendue entre deux mondes. Magie en un fruit. » Tout, dans ce cadre, pousse le bouchon un peu plus loin.
On cherche le second degré, et on le trouve ; puis on cherche le premier, et il est là aussi, bien planqué sous la pelure. C’est une banane à tiroirs, et chaque tiroir contient une blague un peu plus fine que la précédente.
On imagine volontiers les coulisses : la banane qui répète son texte, la lumière qui boude parce qu’elle voulait un melon, le fond qui improvise. Le génie de l’image, c’est de prendre tout cela très au sérieux, ce qui est évidemment la façon la plus sûre de nous faire sourire.
Il faut saluer, au passage, le culot de la mise en scène. Là où un fruit raisonnable se serait contenté de poser sagement dans une corbeille, celui-ci a visiblement exigé un décor, une ambiance, un propos. On imagine les négociations : la banane réclamant sa loge, son éclairage personnel, une clause interdisant tout voisinage avec une pomme. Le résultat a cette démesure réjouissante des projets qui auraient dû être recadrés très tôt et que, par chance, personne n’a eu le courage d’arrêter. Tant mieux pour nous.
En résumé : une banane, un décor, et beaucoup trop de sérieux. C’est exactement pour ça qu’on l’adore.

