Bonjour Banane

Douceur Nocturne

Sous les étoiles, un fruit singulier sommeille, paré de sable, témoin d'une fête oubliée, là où la nuit et le goût se rencontrent.

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C’est une image faite pour être regardée à deux, la joue contre l’épaule. On la relit comme on relit une lettre : « Sous les étoiles, un fruit singulier sommeille, paré de sable, témoin d’une fête oubliée, là où la nuit et le goût se rencontrent. » Ce que l’on ressent dépasse de loin ce que l’on voit.

La scène a la lenteur des soirs où l’on ne veut pas que la nuit tombe. Tout y est retenu, suspendu, comme un je t’aime qu’on garde encore un peu dans la bouche avant de le dire. La banane, au centre, joue le rôle du cœur : elle bat sans bruit, mais elle bat.

Le jaune, soudain, devient une couleur qui tient chaud. Il se pose sur la scène comme une main sur une épaule, discrètement, sans rien demander. Autour, tout s’adoucit : les angles s’arrondissent, les ombres se font duvet, et l’on jurerait que l’air lui-même a baissé d’un ton pour ne pas déranger.

La douceur de la composition tient à peu de choses, et c’est ce peu qui bouleverse. Une courbe qui rime avec une autre, un reflet qui répond à une lueur, une distance juste assez grande pour que naisse le désir de la combler. On reconnaît là la grammaire silencieuse des amours véritables, celles qui ne se déclarent pas mais se devinent, celles qui tiennent dans un geste suspendu, dans une main qui n’ose pas encore, dans un regard qui en dit déjà trop et pas assez. L’image, pudique, ne montre que cela, et c’est largement suffisant.

Il y a des fruits qu’on mange et des fruits qu’on aime. Celui-ci, décidément, appartient à la seconde catégorie.


Bonjour Banane