Quand Maurizio Cattelan a scotché une banane sur un mur blanc de la galerie Perrotin et l’a vendue 6,2 millions de dollars, le monde de l’art a eu deux réactions. La première : « C’est du génie. » La seconde : « C’est une banane. » Les deux camps n’ont toujours pas trouvé de terrain d’entente.
De la pochette au piédestal
L’histoire d’amour entre la banane et l’art ne date pas d’hier. En 1967, Andy Warhol collait déjà une banane jaune sur la pochette du Velvet Underground. Depuis, le fruit a fait du chemin. On l’a retrouvé en sculpture gonflable à la Biennale de Venise, en installation lumineuse au Palais de Tokyo, et en NFT à 200 000 dollars sur OpenSea. La banane est devenue ce que le carré noir de Malevitch était au XXe siècle : un objet simple que tout le monde regarde sans rien comprendre.
Le MoMA ouvre sa « Banana Wing »
Le Museum of Modern Art de New York aurait annoncé l’ouverture d’une aile entièrement consacrée à la banane dans l’art, baptisée « The Banana Wing ». Douze salles, trois étages, un budget de 45 millions de dollars. « La banane transcende les mouvements artistiques », explique la directrice adjointe, Margaret Hollister. « Elle est à la fois pop, conceptuelle, minimaliste et profondément absurde. Comme l’art lui-même. »
L’exposition inaugurale, « Peel & Reveal », réunira 200 œuvres de 47 artistes. Parmi les pièces maîtresses : une banane en bronze de Jeff Koons pesant 3 tonnes, une vidéo de Marina Abramović fixant une banane pendant sept heures, et un tas de peaux de banane signé Damien Hirst, estimé à 1,8 million d’euros.
Les critiques perdent pied
« On assiste à une bananisation de l’art contemporain », déplore François-Xavier Delacroix, critique au Journal des Arts. « Il fut un temps où un artiste devait maîtriser la perspective, la lumière, l’anatomie. Aujourd’hui, il suffit de poser un fruit sur une surface plane et de rédiger un communiqué de presse en anglais. »
D’autres y voient au contraire une démocratisation salutaire. « La banane est universelle », argue Sophie Chen, curatrice indépendante à Berlin. « Tout le monde en a mangé une. Tout le monde a glissé sur une peau. C’est l’œuvre d’art la plus inclusive qui existe. » Le débat fait rage dans les dîners parisiens, entre le fromage et le dessert — souvent une banane, par provocation.
Et la prochaine étape ?
Banksy aurait été aperçu dans un Monoprix du 11e arrondissement, au rayon fruits et légumes. Personne ne sait ce qu’il y faisait, mais les spéculateurs s’affolent déjà. En attendant, si vous avez une banane chez vous, ne la mangez pas tout de suite. Dans dix ans, elle vaudra peut-être un Picasso. Ou alors elle sera pourrie. C’est tout le charme de l’art contemporain.
La rédaction de Bonjour Banane tient à préciser que sa banane de bureau n’est pas à vendre. Même pour 6 millions.

