Certaines scènes ne demandent qu’une chose : qu’on les aime en retour. On la relit comme on relit une lettre : « Au cœur des ruines, une banane géante se dresse, défiant la désolation, murmure d’un monde où l’absurde fait loi. » La banane, ici, est moins un fruit qu’un sentiment.
Il flotte un parfum d’ailleurs dans cette composition, celui des promesses faites à voix basse. On y lit l’envie d’un départ et la peur d’un adieu, mêlées comme elles le sont toujours quand on aime vraiment. Le fruit, lui, reste : fidèle, patient, doré.
On pense à ces amours qui n’ont pas besoin de grands gestes. Un fruit, une lumière, un décor qui s’efface pudiquement : il n’en faut pas plus pour que naisse l’émotion. L’image ne crie pas son romantisme, elle le murmure, et c’est pour cela qu’on la croit.
La douceur de la composition tient à peu de choses, et c’est ce peu qui bouleverse. Une courbe qui rime avec une autre, un reflet qui répond à une lueur, une distance juste assez grande pour que naisse le désir de la combler. On reconnaît là la grammaire silencieuse des amours véritables, celles qui ne se déclarent pas mais se devinent, celles qui tiennent dans un geste suspendu, dans une main qui n’ose pas encore, dans un regard qui en dit déjà trop et pas assez. L’image, pudique, ne montre que cela, et c’est largement suffisant.
Il y a des fruits qu’on mange et des fruits qu’on aime. Celui-ci, décidément, appartient à la seconde catégorie.

